- 27 janvier 2026
- Mis à jour le 09 février 2026
- 4 minutes de lecture
- Actualité
La plus grande réserve biologique intégrale de Bretagne va être créée au sein de la forêt de la Corbière à l'Est de Rennes, à horizon 2027. Une décision votée par l'assemblée départementale en septembre 2024 et un projet en cours mené avec l'Office National des Forêts (ONF). Grâce à ce statut particulier, 560 hectares du site vont bénéficier d'une protection, limitant les activités humaines et interdisant la sylviculture (exploitation forestière). Objectif : faire de cet espace boisé exceptionnel une forêt en libre évolution, véritable refuge de la biodiversité, et un poste d'observation privilégié pour les scientifiques et naturalistes, mesurant les effets du dérèglement climatique sur les milieux naturels. Éclairage de Jean-François Lebas, responsable de la mission espaces naturels au Département d'Ille-et-Vilaine et de Mickaël Ouisse, chef de projet environnement à l'Office National des Forêts.
Ce qu'il faut retenir
- une réserve biologique intégrale (RBI) va être créée dans la forêt de la Corbière près de Châteaubourg, de Marpiré et de la Bouëxière
- ce statut spécifique protège la forêt en limitant les activités humaines et en proscrivant l'exploitation forestière (sylviculture)
- la future réserve biologique intégrale de la Corbière s'étendra sur 560 hectares, ce sera l'unique RBI d'Ille-et-Vilaine et la plus grande de Bretagne
- le site restera ouvert au public sur les sentiers balisés
- la forêt de la Corbière abrite une faune et flore très riches, avec de nombreuses espèces rares et patrimoniales. Le statut de RBI facilitera la préservation de cette biodiversité
- la libre évolution de la forêt sera attentivement observée par les associations naturalistes et les scientifiques. Les études sur le peuplement des arbres, la faune et la flore vont s'accélérer et se multiplier. Objectif : en faire un véritable laboratoire pour disposer de données sur l'impact du dérèglement climatique au sein d'une forêt "témoin"
Qu’est-ce qu’une Réserve Biologique Intégrale ?
La "réserve biologique intégrale" désigne un statut juridique particulier, permettant de protéger de manière réglementaire une forêt présentant une richesse naturelle importante. Concrètement, ce statut permet de limiter au maximum les activités humaines au sein de la forêt, et induit l'arrêt de l'exploitation forestière (sylviculture). Existant depuis 1950, ce statut s'applique aux forêts publiques : forêts de l'État (domaniales), forêts de collectivités ou forêts d'établissements publics (Conservatoire du littoral…). À ce titre, les réserves biologiques sont gérées par l’Office National des Forêts (ONF).
En existe-t-il d’autres en Bretagne et ailleurs en France ?
Oui, il existe 257 Réserves Biologiques Intégrales en France, avec des superficies diverses, allant de 50 hectares pour la plus petite, à près de 60 000 hectares en Guyane, en pleine forêt amazonienne. En Bretagne, on compte déjà 2 RBI : celle du Bois du Loc'h en forêt domaniale de Landévennec, situé sur la presqu'île de Crozon dans le Finistère (77,88 hectares), et celle de la butte de Malvran (113 hectares) près du lac de Guerlédan à Saint-Aignan dans le Morbihan. Celle de la forêt de la Corbière sera donc la troisième RBI bretonne.
Une Réserve Biologique Dirigée (RBD) a été créée à Coat-an-Hay dans les Côtes d'Armor. Le statut de RBD permet à l'ONF d'appliquer des mesures de gestion conservatoire, pour la conservation d'espèces ou de milieux naturels rares et vulnérables comme les tourbières.
À noter que les forêts représentent 14% du territoire breton, soit un taux inférieur à la moyenne nationale qui est de 30%.
Consultez la carte des réserves biologiques intégrales en France métropolitaine
Pourquoi créer une RBI ?
Les forêts publiques sont reconnues pour leur intérêt écologique. En Bretagne, la diversité des essences et des milieux terrestres, aquatiques et littoraux permet aux forêts d'accueillir une faune et une flore très riche, avec près de 300 espèces végétales et plus de 140 espèces vertébrées, insectes ou gastéropodes.
La création d'une réserve biologique intégrale permet :
- d'accroître et de protéger une biodiversité spécifique forestière bretonne
- d'améliorer le bilan carbone du boisement
- de faire de cet espace une forêt "laboratoire" face aux défis du dérèglement climatique et de l'effondrement de la biodiversité, via des études scientifiques sur l'évolution du massif forestier
Mettre une partie de cette forêt en réserve biologique intégrale nous permet d'avoir un témoin de l'évolution naturelle du massif forestier breton vis-à-vis du changement climatique
Quelles sont les caractéristiques de la réserve qui va être créée ?
La future réserve s'étendra sur 560 hectares, sur les 630 hectares qui composent la forêt de la Corbière.
La réserve sera divisée en 2 zones :
- une zone de 170 hectares plus restrictive sans sentiers ouverts au public
- une zone de 560 hectares où l'accueil du public restera le même qu'aujourd'hui avec l'obligation d'emprunter les sentiers balisés
Qu’est-ce que cela va changer sur les activités humaines autorisées dans la forêt ?
Le classement en RBI de 560 hectares signifie l'arrêt total de la sylviculture sur cet espace. Concrètement, il n'y aura plus de coupes d'arbres, ni d'exploitation forestière sur cette zone. Les arbres morts ou malades tomberont naturellement et se décomposeront au sol, venant ainsi l'enrichir et contribuer à faire baisser l'empreinte carbone.
- Le site restera ouvert au public sur les sentiers balisés. Les balades, randonnées pédestres ou équestres seront toujours autorisées. "Un seul chemin sera fermé sur quelques centaines de mètres, une décision validée avec la fédération de randonnée pédestre et équestre", précise Jean-François Lebas. S'aventurer dans les bois pour cueillir des champignons par exemple sera en revanche interdit sur 170 hectares, comme le précise Mickaël Ouisse, "il y aura néanmoins des zones où il sera interdit de rentrer dans les parcelles, mais ces zones seront limitées au cœur de la réserve".
Pourquoi le choix du site de la forêt de la Corbière ?
Une faune et une flore très riches
Le site de la Corbière constitue un espace naturel très riche, abritant une mosaïque de micro-habitats et de nombreuses espèces rares, reconnues pour leur forte valeur patrimoniale et environnementale. A titre d'exemple, la forêt abrite 17 espèces de chauve-souris sur les 21 espèces observables en Bretagne. Le site est également connu pour ses populations de grenouilles rousses, et la présence de nombreux oiseaux, notamment l'ensemble des pics (pic épeichette, pic noir...) qui nichent au sein de la forêt.
Une situation géographique stratégique
Autre intérêt de la forêt de la Corbière : sa situation géographique. "La Corbière fait partie du massif de Chevré, qui était un énorme massif au Moyen-âge, rejoignant la forêt de Rennes, de Liffré, de Saint-Aubin-du-Cormier... et donc cette forêt se situe aux portes de Bretagne, ce qui peut être un point d'entrée pour l'arrivée de nouvelles espèces qui ont besoin de ces forêts anciennes", explique Jean-François Lebas.
Une antériorité des études scientifiques
Depuis près de 15 ans, les associations naturalistes ont réalisé de nombreuses études. "Depuis 2012, on dispose déjà de nombreuses données, le Département ayant missionné des scientifiques et des associations naturalistes sur ce site", souligne Mickael Ouisse. Ce suivi de longue date est un véritable atout pour observer l'évolution de la forêt sans activité humaine et établir des grandes tendances. "Le statut de RBI va permettre d'accélérer et de multiplier les études sur le sol, les champignons, les mousses, les arbres..."
Combien de temps faut-il pour percevoir les effets de cette protection ?
"Les expériences passées nous montrent qu’il faut facilement entre 20 et 50 ans pour observer une très grosse différence, mais c’est sans compter l’accélération du réchauffement climatique, car les retours qu’on a, concernent des réserves biologiques qui n’ont pas réellement pas encore subi les contrecoups liés au dérèglement climatique. Dans les trajectoires que l'on imagine, les modifications vont être conséquentes et de plus en plus rapides dans les années qui viennent", note Mickaël Ouisse, chef de projet environnement à l'ONF. "Si on arrête une sylviculture, on peut voir des différences au bout de quelques dizaines d’années. On arrive à avoir une forêt naturelle, avec un sol naturel au bout d’une centaine d’années.", précise-t-il.
Quel est le calendrier du projet ?
La création d'une RBI suit un calendrier et des étapes bien définies, en voici les grands jalons :
- septembre 2024 : vote du projet de création de la RBI par l'assemblée départementale
- septembre 2024 - avril 2026 : travail en concertation avec les acteurs locaux sur les mesures à prendre et élaboration du règlement qui sera appliqué sur cette aire protégée
- avril 2026 : vote du règlement et du dossier de création de la réserve biologique intégrale en session de l'assemblée départementale
- passage en Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN), comité scientifique qui valide les projets de réserve au niveau national pour l'obtention d'un avis favorable
- transmission par les services de l'ONF d'un arrêté interministériel pour signature des ministres de l'environnement et de l'agriculture
- création officielle de la RBI
Autres actualités
-
La Forêt de la Corbière : Une incroyable diversité
- 18 août 2023
- 4 minutes de lecture
Voir l'articleReportage
-
Rendez-vous en...pleine nature !
- 11 juillet 2025
- 11 minutes de lecture
Voir l'articleVidéo
-
Développement durable : comment le Département agit sur le terrain ?
- 30 janvier 2025
- 6 minutes de lecture
Voir l'articleActualité