- 06 février 2026
- Mis à jour le 17 février 2026
- 4 minutes de lecture
- Actualité
En février et mars, de nombreux amphibiens prennent le risque de franchir une route, afin de rejoindre mare ou étang, endroits propices à la reproduction. Une traversée qui peut s'avérer mortelle... Une situation observée en particulier sur un tronçon de la RD35 près de Talensac et qui a conduit le Département à mener une opération de ramassage et de dénombrement de ces amphibiens protégés, en lien avec les associations naturalistes Bretagne Vivante et la Ligue de Protection des Oiseaux. De nombreux volontaires, habitants du secteur et sensibles à la cause environnementale, sont venus prêter main forte aux équipes du Département pour ramasser crapauds épineux, tritons palmés et salamandres et les relâcher dans les plans d'eau. La RD35 est temporairement fermée jusqu'au 6 mars prochain.
En ce mercredi matin, ils sont une petite dizaine, gilets jaunes sur le dos, à s'affairer aux abords d'une route à proximité de Talensac. Parmi eux, Ewen, 9 ans, a délaissé ses cahiers pour une classe grandeur nature. Le petit garçon, soucieux du bien-être animal, tient dans sa main un seau noir. À l'intérieur, quelques duos de crapauds en plein coït. "On a fait traverser des crapauds, un triton palmé...". En ce mois de février, les amphibiens sont très nombreux à sortir du bois pour se rendre dans l'étang situé de l'autre côté de la RD35. Une migration localisée et très importante qui a poussé le Département à fermer temporairement la route pour mettre en place cette expérimentation. "La route en elle-même fait une sorte de barrage et malheureusement, on a beaucoup d'animaux qui ont succombé par rapport à la circulation routière", explique Ingrid Pavard, cheffe du Service Routes et Bâtiments à l'agence départementale de Brocéliande. En 2025, la route avait déjà été fermée temporairement. "Cette année, nous souhaitons quantifier le nombre de spécimens et recenser les différentes espèces que l'on peut rencontrer", poursuit-elle.
Le niveau de dangerosité pour les crapauds et grenouilles dépend de l'environnement paysager et de la configuration de la route. Les axes situés entre un plateau boisé, servant à l’hibernation et un milieu aquatique en contrebas (mare, étang...) utilisé pour la reproduction, sont connus pour être les plus meurtriers. C'est le cas de la portion de cette route départementale dans le secteur de Talensac. Cette migration dite "pré-nuptiale" s'opère sur une période très courte, d'où la décision d'organiser cette mission de sauvetage.
Une action qui s'inscrit dans la prise en compte par le Département de la préservation de la biodiversité dans la gestion et l'entretien des routes départementales, au même titre que l'aménagement spécifique pour faciliter la remontée des poissons ou le passage des loutres et des hérissons sous les routes.
Une étape avant la construction d'un crapauduc
Concrètement, des bâches enterrées dans le sol ont été positionnées au bord de la route côté bois. Au pied de ces bâches, une dizaine de seaux, espacés de quelques mètres, permettent de récupérer les amphibiens cherchant un passage pour traverser. "L'activité est surtout nocturne, c'est pour cette raison que le ramassage se fait le matin", précise Ingrid Pavard. Ce tronçon de la RD35 est fermé temporairement jusqu'au 6 mars, afin que cette mission spéciale se déroule en toute sécurité. Pendant 6 semaines, plus de 150 volontaires, agents du Département et habitants du secteur participent à cette opération de sauvetage.
Objectif de cette expérimentation : réduire la mortalité de ces amphibiens, crapauds communs, mais aussi tritons palmés ou salamandres. En quelques semaines, plus de 1000 individus ont ainsi pu être escortés jusqu'au plan d'eau. Impliquer le grand public permet aussi de sensibiliser à la nécessité de protéger les amphibiens. Car de nombreux amphibiens sont en voie de disparition. Sur 6 260 espèces répertoriées dans le monde, environ 1200 sont menacées d'extinction. En France, cela concerne une espèce sur 4.
La société décide de protéger telle ou telle espèce simplement parce qu'elle est présente et qu'elle est en voie de disparition, et ce indépendamment de son rôle dans l'écosystème. On considère que les amphibiens font partie des groupes d'espèces les plus menacées au monde
En cause : la destruction de leurs habitats, en particulier les zones humides et les mares, l'émergence de nouvelles maladies, mais aussi le réchauffement climatique, qui impacte physiologiquement les amphibiens et assèche les points d'eau.
L'association Bretagne Vivante a accompagné le Département sur l'aspect réglementaire, et est intervenue auprès des bénévoles pour expliquer le mode de vie de ces animaux. "Une collaboration aussi étroite avec le Département c'est assez inédit", précise Régis Morel, de l'association Bretagne Vivante.
Le relevé précis effectué durant l'opération constitue une étape préalable avant la construction d'un crapauduc. "On souhaite disposer de données factuelles pour repérer aussi à quel endroit on a le plus d'animaux qui traversent pour essayer de bien localiser l'emplacement idéal pour le futur aménagement en dur", précise Ingrid Pavard. Cette installation pérenne permettra aux animaux de traverser sous la route en toute sécurité en permanence.
Envie d'aider crapauds et grenouilles ?
Tout le monde peut faire du bien aux amphibiens, vous pouvez aussi contribuer à la préservation de ces espèces. Comment ? En signalant les tronçons de route sur lesquels vous observez une mortalité d'amphibiens.
Le signalement (message, photo...) peut être directement adressé par mail à l'adresse suivante : eleonore.drais-canovas@ille-et-vilaine.fr
et au référent de Bretagne vivante : regis.morel@bretagne-vivante.org
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