- 05 mars 2026
- Mis à jour le 24 mars 2026
- 4 minutes de lecture
- Interview
Maître de conférences en psychologique du travail et des organisations, Charlie Renaud a réalisé une étude sur le phénomène de burn-out chez les allocataires du Revenu de Solidarité Active et sur ses conséquences sur les fonctions cognitives et sur la motivation. Objectif : mieux comprendre les leviers facilitant ou freinant le retour à l'emploi, pour mieux ajuster l'accompagnement vers la réinsertion professionnelle. Le premier constat de l'enquête est édifiant : sur les 468 Bretilliens interrogés, 1 allocataire sur 2 remplit les critères du burn-out, 7 allocataires sur 10 manifestent des symptômes dépressifs et 9 sur 10 de l'anxiété. Or, l'enquête explicite le lien entre une santé mentale dégradée et le maintien dans la précarité. Pour le chercheur, l'une des solutions consiste à remettre la santé mentale au cœur de l'accompagnement des allocataires, notamment en renforçant le soutien psychologique.
L'essentiel à retenir
- maître de conférences en psychologie du travail, Charlie Renaud a mené une enquête sur le "Burnout, fonctions exécutives et motivation chez les allocataires du RSA : un enjeu pour l’accompagnement et la réinsertion professionnelle"
- les allocataires du RSA présentent un risque accru de burnout et de symptômes anxio-dépressifs. Parmi les 468 allocataires interrogés durant l'enquête, 51,2% d'entre eux sont considérés en burn-out
- la dégradation de la santé mentale altère les fonctions cognitives, la motivation et affecte la recherche d'emploi
- la motivation de retrouver un emploi est prégnante chez les allocataires, pour des raisons financières mais aussi par envie et plaisir de travailler
Nous Vous Ille : Dans quel cadre avez-vous mené cette enquête et quelle méthode avez-vous utilisée ?
Charlie Renaud : "En tant que chercheur en psychologie, j'étudie plus particulièrement les conséquences cognitives du burn-out. Suite à une rencontre avec Caroline Roger-Moigneu, j'ai mené une enquête sur le phénomène de burn-out (ndlr : état d'épuisement, de fatigue intense et de grande détresse causé par le stress au travail) auprès d'allocataires du RSA. La méthode pour mener cette enquête intitulée "Burnout, fonctions exécutives et motivation chez les allocataires du RSA : un enjeu pour l’accompagnement et la réinsertion professionnelle" - découlait de nos objectifs. Nous voulions obtenir une prise de vue du burn-out chez les ARSA. Cela nous a conduit à interroger 468 allocataires du Revenu de Solidarité Active résidant en Ille-et-Vilaine, via des questionnaires et des entretiens sur les fonctions exécutives, l'épuisement et la motivation à retourner à l'emploi. "
NVI : Le burnout est souvent associé à l'emploi en lui-même... Être en burnout tout en étant en recherche d'emploi, n'est-ce pas un peu paradoxal ?
C.R : "Techniquement, les allocataires du RSA n'ont pas d'emploi c'est vrai, mais en réalité toute forme de travail, qu'il soit rémunéré ou non peut conduire à l'épuisement. Or, chercher un emploi constitue un travail en soit. C'est le travail qui peut causer le burn-out et non l'emploi. Aujourd'hui, on parle également de burnout parental, processus d'épuisement lié à la charge parentale, de burnout militant, associatif...
Concrètement, les facteurs du burnout d'une personne ayant une activité professionnelle sont la quantité de travail, le fait d'avoir un travail coûteux émotionnellement, de devoir tenir des "deadlines", de ressentir de l'insécurité... En résumé, d'exercer un travail énergivore sur le plan physique, psychique et émotionnel. Face à cela, les salariés peuvent mobiliser certaines ressources : des collègues ou/et une hiérarchie bienveillante, le fait d'avoir un travail stimulant, qui fait sens, une reconnaissance financière via le salaire... Finalement, une personne en recherche d'emploi est soumise au même niveau d'exigences - envoyer des candidatures, passer des entretiens, suivre des formations, être soumis aux échéances inéluctables des droits au chômage dans un sentiment d'urgence - avec des ressources amoindries : pas de récompense financière, moins de soutien social et familial, isolement, voire stigmatisation.
Tout travail, qu'il soit rémunéré ou non, peut conduire à l'épuisement. C'est le travail qui peut causer un burnout et non l'emploi, on parle aujourd'hui de burnout maternel, parental, militant, associatif...
NVI : Quels sont les principaux résultats de l'enquête ? Qu'avez-vous observé ?
C.R : "Les résultats de l'enquête montrent une prévalence de l'épuisement dans cette frange de la population. Parmi les allocataires interrogés, 1 sur 2 présente des critères de burn-out (51,2%), 7 sur 10 des symptômes dépressifs et 9 sur 10 des indicateurs d'anxiété. L'enquête met en évidence les conséquences de ce burnout sur leur qualité de vie et leur recherche d'emploi, mais montre aussi des altérations de leurs fonctions cognitives, avec des difficultés accrues à se concentrer, à prendre des décisions, à auto-réguler les émotions, de l'inhibition, de la négativité... Cela impacte négativement la recherche d'emploi en elle-même. Une santé mentale dégradée affecte les fonctions cognitives. Conséquence : une motivation en berne et au final, un maintien dans la précarité. Il s'agit d'un cercle qui s'auto-entretient.
Deux autres enseignements fondamentaux sont à retenir. Premièrement, on constate que la charge domestique pesant sur les femmes au RSA est bien plus élevée, ce qui constitue un facteur aggravant du burn-out. Deuxièmement, les allocataires du RSA sont animés par une envie de retrouver un emploi très très forte, pour des raisons financières, mais aussi par plaisir. Ce sont les conditions de recherche d'emploi qui sapent leur motivation.
NVI : Selon vous, comment faire pour briser le cercle vicieux identifié ? Comment les politiques publiques peuvent être ajustées pour y parvenir ?
C.R : "Au vu de ces résultats, on voit l'importance de remettre la santé mentale au cœur de l'accompagnement des allocataires du RSA. Les allocataires n'ont pas besoin d'exigences supplémentaires. Complexifier les démarches, ajouter des formations obligatoires, cela ne va pas les aider, bien au contraire. En revanche, renforcer le soutien social dont ils bénéficient, favoriser le suivi psychologique, faciliter la garde d'enfants, informer sur les aides auxquelles ils ont droit, font partie des pistes pour favoriser le retour à l'emploi."
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